Se glisser comme dans le manteau de quelqu'un d'autre. Lui prendre ses odeurs, son sourire, ses baisers et ses regards. Le laisser seul comme étranger à lui-même, comme un fantôme sur le bord de la plage une nuit d'hiver. On emprunte ce que l'on a pas, ce que l'on n'est pas.
Elle portait la même robe que le jour de leur rencontre. Et elle recommençait aujourd'hui. Il lui a répété souvent qu'il était content qu'elle soit là, à s'arracher les cheveux qui lui tombent dans les mains par poignées et qui s'envolent sur le balcon des voisins du dessous, à manger du raisin avec ce regard malicieux, un peu aveuglée par le soleil. Cette robe qui lui plaisait tellement le premier jour déjà. Un peu transparente. Bleue marine, pas trop longue, ni trop courte. Assez mystérieuse, à son image. Elle dit des choses qu'elle n'explique pas. Des choses sans queue ni tête qui ne font rire qu'elle mais je m'en fiche, se dit il, en tournant la tête. Elle est là, avec moi. Enfin. Ils se sont attendus, espérés. Elle ne restait déjà pas longtemps.
On s'emprunte, on se vole un peu de temps, on s'invente un monde parallèle dans lequel nous aurions le temps et l'espace à porté de main. L'espoir fait vivre. Demain est un jour nouveau. Il fera beau sur Biarritz, elle ne verra pas le temps passer, elle voudra que ça dure toujours. Elle sera un peu gauche, ne saura pas vraiment comment lui plaire. Elle portera son éternel jean bien qu'il fasse trop chaud et un de ses vieux débardeur blanc qu'elle aime tant. Elle mangera le reste du raisin et boira comme toujours, un grand verre d'eau. Elle sourira en silence en le regardant, torse nu, aspirer les rayons du soleil. Tu me façonnes avec tes mains, avec tes yeux, avec tes dents aussi. Tu me formes et me déformes à l'infini jusqu'à la laideur parfois. Mais je suis moi et dans tes bras, rien ne peut plus nous arriver. Le temps passe, nous dépasse et nous perd dans l'abime. Je deviens sentimentale, il faut faire attention.
Il lui offre l'insouciance, le sourire, le bonheur, il a avoué à demi mot qu'il m'aimait. Pas un peu, pas beaucoup. Juste, « je ne sais pas pourquoi je t'aime comme ça ». C'est fou. Ca fait peur, on ne peut pas laisser partir ça en tournant le dos. On chante en mettant le son à fond sur la RN10, on parle de rien et de Marie Claire. Je marche sur la pointe des pieds pour ne pas m'effrayer, j'aime tes murmures qui respectent ce silence. N'allons pas trop vite.
On finirait par se bruler les yeux à l'acide sulfurique. Mais chut, il fait nuit.